L’art comme engagement
Il y a des patrimoines que l’on conserve. Et puis, il y a ceux que l’on remet en mouvement. Dans cet épisode de Belfius Private Sessions, Diane Hennebert, philosophe et figure incontournable du patrimoine culturel belge, discute avec Florence Derck, cofondatrice de Demain Art.
L’une a contribué à rendre vie à plusieurs lieux emblématiques comme l’Atomium et la Villa Empain, et s’engage aujourd’hui pour le Pavillon chinois. L’autre crée des ponts entre de jeunes artistes et une nouvelle génération de collectionneurs. Leur échange dépasse le monde de l'art. Il interroge la manière dont nous transmettons, faisons vivre et donnons du sens à ce que nous construisons.
Quand l’art s’invite dans une vie
L’art est-il une affaire de cœur ou de tête ? Pour Florence, une œuvre d'art commence toujours par une émotion. Peu importe qu'elle apaise, dérange ou interpelle: elle doit créer un lien avec celui qui la regarde et trouver une place dans son quotidien.
Diane refuse quant à elle de séparer trop vite la réflexion de l’émotion. Selon elle, les deux avancent ensemble. Restaurer un lieu, faire naître une fondation ou mener un projet patrimonial demande autant d'intuition que de vision, de collaborations et de moyens.
L'émotion donne l'impulsion. La réflexion lui permet de durer.
Rendre l’art accessible
Avec Demain Art, Florence Derck est partie d'un constat simple: entre la sortie des écoles d'art et les galeries, beaucoup de jeunes artistes peinent à trouver leur place. De leur côté, de futurs collectionneurs souhaitent souvent acquérir une première œuvre, sans savoir comment franchir le pas.
Demain Art crée ce lien. Une plateforme digitale, des expositions éphémères et des collaborations variées permettent aux artistes d'être vus et aux collectionneurs d'entrer dans le monde de l'art avec davantage de confiance.
Pour Florence, rendre l'art plus accessible ne signifie pas le simplifier. Il s'agit surtout d'en lever les barrières: ouvrir les ateliers, afficher les prix, expliquer les démarches et favoriser les rencontres. L'objectif n'est pas de démystifier l'art, mais de permettre à chacun d'y trouver sa place.
La beauté appartient à tous
Diane Hennebert refuse l’idée selon laquelle la qualité serait forcément élitiste. Ce qui fait la différence, ce n'est pas le milieu social ou le niveau de connaissance, mais l'accès. L’éducation. Le regard que l’on apprend à porter.
Cette conviction traverse l'ensemble de son parcours. Qu'il s'agisse de restaurer un lieu patrimonial ou d'accompagner des jeunes en décrochage scolaire avec Out of the Box, l'objectif reste le même: ouvrir des perspectives plutôt que transmettre un savoir figé.
La beauté ne demande pas d'être expliquée. Elle demande parfois simplement qu'on lui ouvre la porte.
Faire vivre le patrimoine
Le patrimoine n'est pas un décor. Pour Diane, il raconte une époque, une ambition et une manière de voir le monde. L'Atomium, la Villa Empain ou le Pavillon chinois portent chacun une histoire qui dépasse leur architecture.
Restaurer un lieu n'est donc qu'une première étape. Ce qui compte, c'est ce qu'il devient ensuite: un espace où l'on se rencontre, où l'on partage, où une nouvelle histoire peut commencer.
Créer le désir avant de chercher les moyens
Les grands projets patrimoniaux demandent des moyens importants. Pourtant, pour Diane, le financement ne vient jamais en premier. Il naît d'abord d'une adhésion. Avant de chercher des fonds, il faut donner envie de participer à une histoire. Ouvrir les chantiers, montrer les avancées, créer un sentiment d'appartenance. La restauration de l'Atomium en est une illustration. Pour financer la dernière phase du projet, les anciennes plaques d'aluminium ont été numérotées puis proposées au public. Elles se sont vendues en quelques jours.
Ce succès racontait bien plus qu'une collecte de fonds. Chacun voulait conserver un fragment d'un symbole auquel il se sentait lié. Lorsque l'émotion, la créativité et un projet commun se rencontrent, la philanthropie prend tout son sens.
L’art et l’entreprise
Florence observe de son côté un regain d’intérêt des entreprises pour l’art. Pourtant, de nombreuses organisations hésitent encore: contraintes budgétaires, fiscalité, choix des œuvres… les freins sont bien réels. Avec Demain Art, elle a développé une formule de leasing qui permet de constituer progressivement une collection, tout en soutenant des artistes émergents.
Mais l'essentiel est ailleurs. Une œuvre ne devrait jamais se limiter à décorer un espace. Elle peut ouvrir une conversation, raconter une histoire, refléter les valeurs d'une entreprise. Une rencontre avec l'artiste, une visite d'atelier ou quelques mots de contexte suffisent parfois à transformer le regard. L’art devient alors un sujet de conversation. Un lien, une expression de valeurs partagées.
Pour Belfius Private, cette idée résonne profondément: un patrimoine, lorsqu’il est bien accompagné, peut créer plus qu’une valeur financière. Il peut nourrir une culture.
L’influence au service d’une vision
Posséder un patrimoine, c'est aussi disposer d'une capacité d'action. La possibilité de soutenir, de restaurer, de financer, de transmettre. Mais comment vivre cette influence?
Florence parle d’une responsabilité joyeuse. Soutenir les artistes émergents est pour elle une mission, mais aussi une source d’énergie. Découvrir un artiste, le faire connaître, permettre à son travail d’entrer dans une collection, créer une relation entre artiste et collectionneur: tout cela compose une véritable expérience humaine.
Diane voit cette responsabilité à une autre échelle. Restaurer un bâtiment ou préserver un lieu ne relève jamais d'un projet individuel. Le patrimoine appartient toujours, d'une manière ou d'une autre, à une communauté. C’est pourquoi elle insiste sur la responsabilité collective. Les pouvoirs publics, les familles, les mécènes, les citoyens, les entreprises: chacun peut jouer un rôle.
La véritable question n'est donc peut-être pas: que puis-je faire avec mon patrimoine? Mais plutôt: à quoi peut-il contribuer?
Transmettre sans tracer le chemin
La conversation aborde aussi la question de l’héritage.
À travers l'exemple de la famille Boghossian, Diane Hennebert rappelle combien certaines histoires familiales façonnent une vision profondément généreuse de la transmission. Après avoir tout perdu à plusieurs reprises, cette famille a choisi de partager une partie de ce qu'elle a reconstruit. Cette expérience a forgé chez eux une conscience aiguë de la fragilité du destin. Et une générosité hors norme: l’idée qu’une part importante de ce qui est gagné doit aussi revenir à ceux qui n’ont pas bénéficié des mêmes chances. Pour Diane, cette attitude contraste avec une vision plus protectionniste du patrimoine, parfois présente au sein des familles aisées. Vouloir tout léguer à ses enfants peut sembler naturel. Mais à trop protéger, trop donner, trop préserver, on peut aussi fragiliser.
Florence observe une évolution similaire chez certains entrepreneurs. Tous ne souhaitent plus transmettre l'intégralité de leur patrimoine à leurs enfants. Beaucoup préfèrent leur laisser l'espace nécessaire pour construire leur propre trajectoire. Un héritage ouvre des portes. Il ne devrait jamais en fermer.
La réelle transmission ne consiste peut-être pas à tout donner. Elle consisterait à donner suffisamment pour ouvrir, sans empêcher de devenir.
Trouver sa place
Diane Hennebert et Florence Derck appartiennent à deux générations. Leur regard sur la place des femmes dans le monde professionnel s'est construit dans des contextes très différents.
Florence a évolué dans un univers artistique où les femmes occupaient déjà de nombreuses fonctions de premier plan. Elle cite volontiers la galeriste new-yorkaise Barbara Gladstone, dont une phrase l'accompagne encore aujourd'hui: Life is long. Une carrière n'est jamais figée. Elle peut évoluer, changer de direction et connaître plusieurs nouveaux départs.
Pour Diane, le parcours a été différent. Longtemps, elle a été la seule femme autour de la table. Elle a connu les préjugés, les exigences supplémentaires et le sentiment de devoir sans cesse faire ses preuves. Pour autant, elle refuse de définir son parcours par les obstacles rencontrés.
« Nous sommes des actrices de notre vie, des actrices du monde. Il faut bouger. »
Cette phrase cristallise sa vision. Celle de ne jamais nier les obstacles, mais de refuser qu’ils définissent entièrement l’action. Dans l’univers de Diane, la réponse n’est jamais l’immobilité. Elle est dans le terrain. Dans le projet. Dans le geste concret.
Partager plutôt qu’inspirer
Ni Diane Hennebert ni Florence Derck ne cherchent à être des modèles.
Florence espère simplement que son parcours donnera à d'autres l'envie d'entreprendre ou de défendre une idée qui leur tient à cœur. Diane préfère parler de partage plutôt que d'inspiration. Ce qui compte n'est pas d'être admirée, mais de transmettre une expérience.
« Toujours donner avant de recevoir. »
Au fond, cette philosophie dépasse les relations humaines. Elle traduit aussi une certaine vision du patrimoine : non pas une richesse que l'on accumule, mais une ressource qui circule, crée des rencontres et ouvre de nouvelles possibilités.
Préserver l’essentiel en avançant
Le pouvoir n'a jamais été une fin en soi pour Diane Hennebert. Ce qui l'anime, c'est le moment où un projet prend vie. Redonner un avenir à l'Atomium, faire revivre la Villa Empain, défendre le Pavillon chinois ou créer Out of the Box: à chaque fois, le plaisir réside dans l'élan, davantage que dans la fonction. Florence Derck partage cette envie de rester libre. Son modèle repose aujourd'hui sur une structure agile, proche des artistes et des collectionneurs.
Mais toute entreprise finit un jour par se poser la même question: comment grandir sans perdre ce qui fait sa singularité? La croissance n'est pas toujours une question de taille. Elle consiste aussi à savoir ce que l'on choisit de préserver.
Ce que leur échange révèle
Le dialogue entre Diane Hennebert et Florence Derck dépasse largement le monde de l'art. Il montre qu'un patrimoine n'a de valeur que lorsqu'il est mis en mouvement. Une œuvre peut accompagner toute une vie. Un bâtiment peut redevenir un lieu de rencontre. Une entreprise peut faire entrer l'art dans son quotidien. Une famille peut transmettre bien plus que des actifs.
Au fond, toutes ces histoires posent la même question: que choisissons-nous de faire vivre à travers ce que nous transmettons?
Que signifie cela pour votre patrimoine?
Le dialogue entre Diane Hennebert et Florence Derck rappelle qu'un patrimoine ne se mesure pas uniquement à ce qu'il représente. Il prend toute sa valeur à travers les choix qu'il rend possibles.
Comment souhaitez-vous transmettre? Quels projets voulez-vous soutenir? Quelle empreinte souhaitez-vous laisser? Derrière chaque patrimoine se dessine une vision, des convictions et une manière d'envisager l'avenir.
C’est peut-être là que se joue l’essentiel de Your wealth. Your voice. Votre patrimoine est une voix. Il dit quelque chose de vous. De vos convictions. De ce que vous choisissez de protéger. De ce que vous rendez possible.
Chez Belfius Private, nous croyons que l'accompagnement patrimonial commence par l'écoute. Comprendre votre parcours, vos ambitions et ce que vous souhaitez transmettre nous permet de construire, avec vous, une stratégie qui donne une direction à votre patrimoine, aujourd'hui comme pour les générations à venir.
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