Pourquoi votre code postal influence-t-il
votre portefeuille?
Les observations de Belfius suggèrent cette tendance: les investisseurs francophones privilégient des actions comme LVMH, tandis que les investisseurs néerlandophones optent davantage pour des valeurs telles qu'ASML. Une simple coïncidence?
Ce schéma révélateur expliquerait pourquoi votre portefeuille diffère probablement de celui d’un investisseur de l’autre côté de la frontière linguistique.
Un phénomène que tout investisseur connaît, sans toujours en avoir conscience. On parle de behavioral finance, autrement dit, la psychologie derrière nos décisions financières. Une discipline relativement récente, déjà couronnée par trois prix Nobel. L’un des moteurs les plus puissants? La familiarité.
Le schéma que nous reconnaissons tous (mais que nous n'aimons pas voir)
AB InBev et Ageas: ces valeurs figurent dans presque tous les portefeuilles belges. Logique, diriez-vous, pour des entreprises belges solides. Mais la suite est plus révélatrice.
Les investisseurs francophones affichent une nette préférence pour les valeurs françaises. Des actions comme TotalEnergies, Air Liquide ou LVMH figurent près de cinq fois plus souvent dans leur top 5. Même au sein du marché belge, la préférence va vers d'autres noms, tels que UCB, Proximus ou Syensqo.
Chez les investisseurs néerlandophones, la tendance s'inverse. La tech néerlandaise et certaines holdings belges dominent. ASML apparaît plus de deux fois plus souvent dans le top 5. Barco est également plébiscité, tout comme les holdings Sofina et Ackermans & van Haaren.
Un biais sectoriel émerge: les francophones penchent pour les télécoms et la pharma, les néerlandophones pour la tech et l’industrie.
Le plus surprenant? Même dans un même secteur, les choix diffèrent. Les deux groupes veulent de la tech, mais l’un opte pour ASML, l’autre pour NVIDIA. Même secteur, univers distinct.
Les favoris belges de nos investisseurs, sur base du top 5 des portefeuilles Re=Bel.
L'illusion de la connaissance
Un Coréen investit massivement dans Samsung. Un Américain dans Apple. Un Français dans LVMH. Tous persuadés d’avoir fait le bon choix, avec le même raisonnement: «Je connais cette entreprise, donc je la comprends.»
Peut-être ont-ils raison. Mais pas toujours pour les bonnes raisons.
Ce qui nous est familier nous rassure. L'entrepreneur qui achète Barco «parce que c'est de chez nous». Le médecin qui privilégie UCB «parce que le secteur pharmaceutique lui est connu». Cela donne une illusion de maîtrise, de compréhension. Pourtant, cette impression est souvent trompeuse.
Quand le «chez soi» coûte de l'argent
Au premier semestre 2025, les investisseurs français en ont fait l’amère expérience: LVMH, Hermès, L’Oréal et Kering représentaient à eux seuls 18,5% du CAC 40. Quand le secteur du luxe a vacillé, leurs portefeuilles à forte «touche française» ont immédiatement subi le contrecoup. Octobre a apporté un rebond, mais le choc était déjà là.
Pendant ce temps, les actionnaires d’ASML voyaient leur position augmenter de 30%. L'an prochain, la tendance pourrait s’inverser.
L’enjeu n’est pas de savoir qui sortira gagnant. Mais de réaliser que vous pourriez être surexposé au luxe sans en avoir conscience. Ou avoir misé sans le vouloir sur la tech. Non par stratégie, mais par habitude. Non par choix délibéré, mais par accumulation inconsciente.
Du réflexe inconscient à un choix conscient
Le véritable risque du biais domestique? Un portefeuille trop concentré. Pas nécessairement un rendement plus faible, mais un risque accru pour un résultat identique.
Le biais domestique rassure… jusqu’à ce que le marché vous contredise. L’investisseur francophone dont les actions de luxe ont plongé au premier semestre 2025 l’a appris à ses dépens. L’investisseur néerlandophone avec un portefeuille rempli de valeurs technologiques pourrait faire la même expérience l’an prochain.
Ce biais ne disparaît pas. Il est ancré dans notre façon de penser. Mais on peut le repérer et le contrôler.
Examinez votre portefeuille: quelle part est investie en Belgique? Si la réponse dépasse 5 %, vous êtes probablement surpondéré. Ce n’est pas un problème, à condition que ces positions belges offrent une exposition internationale diversifiée.
Car, oui, la Belgique compte des pépites qui brillent à l'international. Un peu de chauvinisme? Pourquoi pas. Mais avec mesure.
Ce document, rédigé et diffusé par Belfius Banque, reflète la vision de Belfius Banque sur les marchés financiers. Il ne contient ni conseil ni recommandation d'investissement personnalisés, ni recherche indépendante en matière d'investissement. Les chiffres mentionnés reflètent une situation à un moment donné et peuvent évoluer.
Les entreprises mentionnées le sont uniquement à titre d'illustration et ne constituent pas une recommandation d'achat.
