Retour sur la stratégie à l’heure du réveil des marchés émergents
Points clés
- Après une période dominée par la technologie, les investisseurs diversifient et réallouent progressivement leurs flux vers des actifs aux valorisations plus attractives.
- Ce phénomène a un impact particulièrement visible sur les marchés émergents, qui bénéficient à la fois des dynamiques de diversification et de fondamentaux solides, marquant ainsi une période de performance notable.
- Les marchés émergents (actions et obligations) conservent une place centrale dans les portefeuilles, à la fois comme moteur cyclique et comme source de croissance structurelle et de rendement réel positif.
À la fin de l'année 2025, Belfius Asset Management a dévoilé ses perspectives pour 2026, anticipant des marchés dynamisés par des attentes de croissance des bénéfices positives, une préférence pour les secteurs de la santé et de la technologie ainsi que les petites capitalisations européennes, et une intégration de l'or comme actif stratégique et diversifiant.
Nous anticipions également des marchés émergents solides en 2026, tant sur les actions que les obligations, soutenus par une croissance structurelle et un cycle d’assouplissement monétaire. Trois mois après la publication de ces perspectives et de bonnes performances, les évolutions justifient-elles toujours le maintien de notre positionnement initial?
Retour sur les éléments marquants depuis début décembre 2025
Depuis plusieurs mois, les marchés financiers connaissent un 'market broadening' ou élargissement: la performance des marchés ne se limite plus aux grandes valeurs technologiques américaines, mais s'étend à d'autres secteurs et classes d’actifs. Après une période dominée par les mégacapitalisations technologiques américaines et l'intelligence artificielle (AI), les investisseurs réallouent progressivement leurs flux vers des actifs aux valorisations plus attractives, notamment les entreprises susceptibles de bénéficier des gains de productivité liés à l’IA. Il ne s’agit pas d’un désengagement de la thématique, la croissance bénéficiaire attendue du secteur IT américain reste très solide (37% cette année), mais plutôt d’une diversification vers des acteurs émergents de l’IA offrant des valorisations attractives et des révisions de bénéfices en hausse.
Ce mouvement d’élargissement a d’abord pesé sur la performance relative de la technologie américaine, dont la surperformance spectaculaire s’est normalisée sous l’effet de prises de bénéfices et de rotations sectorielles. Les interrogations entourant l’industrie des softwares a aussi accentué cette tendance.
Le dollar s’est légèrement affaibli, sous l’effet conjugué des anticipations de baisse des taux directeurs et d’un regain d’appétit pour le risque hors Etats-Unis, ce qui a soutenu les devises cycliques. Dans ce contexte, les métaux précieux, et en particulier l’or, ont bénéficié d’un double soutien : la baisse des rendements réels et la recherche de couverture face aux incertitudes macroéconomiques et géopolitiques persistantes.
Ces réallocations ont bénéficié à l’Europe, où les valeurs industrielles, financières et cycliques attirent à nouveau les investisseurs, grâce à des valorisations modérées et à l’espoir d’une accélération économique durable. Les marchés émergents, quant à eux, ont tiré parti du dollar plus faible et d’un sentiment global amélioré, retrouvant un attrait relatif après une sous-performance prolongée, bien que des disparités régionales persistent.
Pourquoi les pays émergents?
Le regain des tensions géopolitiques (droits de douane, restrictions technologiques, contrôle des matériaux critiques) a accélèré la fragmentation du commerce mondial et la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement afin de réduire les interdépendances stratégiques.
Dans ce contexte, le phénomène de ‘market broadening’ a ouvert des opportunités au-delà des méga-caps américaines, avec un impact particulièrement visible sur les marchés émergents, bénéficiaires des dynamiques de diversification. Ce regain d’intérêt traduit également une relecture plus constructive de leurs fondamentaux macroéconomiques : niveaux d’endettement globalement maîtrisés, réserves de change confortables, désinflation plus avancée que dans les économies développées et croissance potentielle structurellement plus élevée.
Concernant les marchés actions, plusieurs pays émergents ont affiché des performances importantes ces derniers mois. Ils sont portés par l’affaiblissement du dollar qui réduit l’inflation en abaissant le coût des importations libellées en dollars, favorisant un assouplissement monétaire supplémentaire, ainsi que par la stabilisation macroéconomique locale et l’amélioration de la croissance bénéficiaire. L’Inde performe grâce à sa consommation domestique, ses investissements en infrastructures et son attractivité pour les capitaux internationaux. Le Brésil et le Mexique profitent de politiques monétaires crédibles et d’une désinflation, tandis qu’en Asie, la Corée du Sud et Taïwan bénéficient de la demande en semi-conducteurs. La Chine, quant à elle, connaît un rebond technique soutenu par des mesures ciblées et l’espoir de nouvelles annonces politiques.
Sur le plan obligataire, la dette émergente a constitué l’un des principaux bénéficiaires de ces évolutions. Les obligations en devises ‘’fortes’’ (libéllées en dollars) ont vu leurs spreads se resserrer sensiblement, reflet d’un regain de confiance dans la soutenabilité budgétaire et la solidité des balances courantes de nombreux pays. La dette en devises locales a affiché des performances particulièrement élevées, combinant plusieurs moteurs : un rendement nominal potentiellement plus élevé, des cycles de baisse de taux déjà bien engagés dans plusieurs pays (Brésil, Chili, Pérou, Hongrie) et une appréciation notable des monnaies locales face au dollar. Parmi les devises les plus performantes ces trois derniers mois figurent le réal brésilien, le peso mexicain, la roupie indienne et la roupie indonésienne, ce qui a renforcé l’attrait de cette classe d’actifs dans une logique de diversification et de rendement réel positif. Le différentiel de taux d’intérêt par rapport aux Etats-Unis est également en faveur de la dette émergente.
En 2026, les marchés émergents confirment notre vision initiale
Historiquement, la performance des actions des marchés émergents est cyclique avec des périodes prolongées de surperformance et de sous-performance. Entre 2004 et 2010, les actions des marchés émergents ont affiché une performance environ deux fois supérieure à celle de leurs homologues des marchés développés, avant que ces gains relatifs ne soient ensuite effacés au cours des 15 années suivantes. La tendance semble toutefois s’inverser depuis 2024–2025, avec un net rebond relatif des émergents, soutenu par les différents élèments évoqués précédemment. Cette inflexion récente ne valide pas encore un nouveau cycle durable de surperformance, mais elle marque clairement la fin de la phase extrême de décrochage relatif observée au cours de la décennie précédente.
La dynamique actuelle de market broadening marque une transition progressive mais profonde du régime de marché, mettant une pause à une phase prolongée d’hyper-concentration. Ce changement s’inscrit dans un environnement macro-financier plus équilibré, caractérisé par une détente graduelle des rendements réels, un dollar moins dominant et un retour marqué de la diversification géographique et sectorielle. Cette dynamique est également portée par les matières premières, y compris les matériaux stratégiques, ainsi que par les révisions des bénéfices à la hausse. En 2026, la croissance des bénéfices attendue est de 28 % contre 13-15 % pour les principaux pays développés1.
Toujours sous-détenus dans les portefeuilles globaux, les marchés émergents pourraient encore bénéficier de flux entrants, tant sur les actions que les obligations. Ceux-ci reprennent une place centrale dans les portefeuilles, à la fois comme moteur cyclique et comme source de croissance structurelle et de rendement réel positif grâce à la combinaison unique de valorisations attractives, de cycles monétaires avancés, de fondamentaux macroéconomiques solides et de potentiel d’appréciation des devises locales.
Vue de Belfius Asset Management
Dans un monde de plus en plus fragmenté, nous intégrons la dynamique de market broadening dans la construction de nos portefeuilles. Dès lors, les marchés émergents s’imposent comme un pilier stratégique de la diversification globale, contribuant à améliorer durablement le couple rendement/risque dans un environnement moins dépendant des seuls actifs américains. La place centrale des pays émergents dans le cycle de l'innovation technologique, dans la chaîne de valeur de l'IA et de la robotisation, ainsi que le dynamisme de la croissance de la consommation et des bénéfices, rendent ces pays attractifs à long terme.
Sources: Belfius Asset Management, Financial Times, Bloomberg, Fed, FactSet, LSEG, CNBC, WSJ
1 LSEG
Ce document, rédigé et publié par Belfius Asset Management, donne la vision de Belfius Asset Management sur les marchés financiers. Elle ne contient pas de conseil en investissement personnalisé, ni de recommandation d’investissement ou de recherche indépendante en matière d’investissement. Si vous êtes à la recherche de conseils en investissement personnalisés, vous pouvez vous adresser à votre Private Banker ou Wealth Manager qui se fera un plaisir d’examiner avec vous les effets éventuels de cette vision sur votre portefeuille d’investissements personnel. Les chiffres mentionnés sont des instantanés et sont susceptibles d’évoluer. Les entreprises mentionnées sont citées à titre d'exemple et leur mention ne constitue pas une recommandation d'achat. Les performances passées, les simulations de performances passées et les prévisions de performances futures d’un instrument financier, d’un indice financier, d’une stratégie ou d’un service d’investissement ne sont pas des indicateurs fiables des performances futures. Les performances brutes peuvent être impactées par des commissions, frais et autres charges. Les performances exprimées dans une autre devise que celle du pays de résidence de l’investisseur subissent les fluctuations du taux de change, ce qui peut avoir un impact positif ou négatif sur les résultats. Si ce document fait référence à un traitement fiscal particulier, une telle information dépend de la situation individuelle de chaque investisseur et peut faire l’objet de modifications.
