Investir dans un monde en mutation
Aujourd’hui, le monde est de plus en plus façonné par des tensions géopolitiques et une concurrence accrue entre les pays. L’intelligence artificielle (IA) y joue un rôle clé, tandis que les gouvernements placent la sécurité et la souveraineté en tête de leur agenda. Tout cela nécessite des investissements, rendant la lutte pour les matières premières, la technologie et le capital plus intense que jamais. Les investisseurs et les gestionnaires de fonds doivent s’adapter à cette nouvelle réalité.
La lutte pour les ressources rares se joue sur trois domaines1.
- Matières premières et minéraux critiques sous pression. La transition énergétique, l’IA et la défense génèrent une demande explosive, mais des décennies de sous-investissement dans la capacité minière et de traitement entraînent des pénuries structurelles. Les chaînes d’approvisionnement sont concentrées dans une poignée de régions, rendant l’accès à la fois une question géopolitique et économique.
- Rareté des moyens technologiques. L’IA crée une nouvelle forme de rareté : l’accès aux ordinateurs à haute performance. Les hyperscalers dépenseront en 2026 800 milliards USD, soit 80 % de plus qu’il y a un an.1 Cela a des conséquences sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’IA et sur l’infrastructure énergétique. L’histoire ne se limite pas aux États-Unis, car d’autres pays cherchent également à garantir leur souveraineté en matière d’IA.
- Concurrence pour le capital. Les gouvernements et le secteur privé puisent dans la même épargne mondiale. Les dettes publiques des pays développés atteignent des niveaux historiques. Pour la première fois depuis des années, les gouvernements sont en concurrence avec les entreprises pour le capital mondial. Le résultat est un coût du capital structurellement plus élevé.
La lutte pour les ressources rares n’est pas un mouvement cyclique, mais une rupture structurelle. Les portefeuilles devraient s’adapter.
Allocation en actions : la sélection devient décisive
Dans un monde de hausse du coût du capital, les entreprises doivent prouver leur valeur par une croissance concrète des bénéfices. Outre la diversification sectorielle et géographique, la sélection des actions devient un moteur de rendement crucial. Choisir la bonne entreprise au bon moment fait la différence.
L’écart entre les gagnants et les perdants au sein des secteurs ne cesse de s’accroître. C’est ce que l’on observe par exemple dans le secteur technologique. L’avance du matériel et des semi-conducteurs sur les logiciels, qui sont sous pression en raison de l’essor des systèmes d’IA capables d’exécuter des tâches de manière autonome, montre à quelle vitesse les différences de performance peuvent apparaître.
Belfius se concentre principalement sur trois thèmes d’investissement:
- Infrastructure IA. La chaîne d’approvisionnement de l’IA englobe un large éventail de secteurs :
- minéraux critiques
- matériel, conception et fabrication de puces
- infrastructures telles que centres de données, développeurs de modèles et plateformes cloud.
- Production et sécurité énergétique. Le développement de l’IA ne peut exister sans électricité, et dans de nombreux pays développés, le réseau ne peut pas encore répondre à une telle demande. Un cycle d’investissement pluriannuel sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique (équipements de réseau et automatisation, énergies renouvelables et stockage) sera nécessaire.
- Défense et sécurité nationale. L’Europe connaît un cycle de réarmement significatif, le Japon et la Corée du Sud augmentent leurs budgets de défense, et les États-Unis réorientent les investissements vers des plateformes plus rentables. Les investissements concernent l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de la défense et il ne s’agit pas de dépenses supplémentaires temporaires, mais d’une tendance structurelle due au changement du climat géopolitique.
Cela explique la vision positive sur la technologie, les matériaux, l’industrie et les services publics. Ces secteurs à forte intensité de capital sont, en raison de l’environnement changeant, moins dépendants du cycle macroéconomique car la demande est structurelle. Attention toutefois : la concentration des performances au sein de chaque thème constitue un risque. Choisir le bon secteur mais la mauvaise entreprise peut coûter beaucoup de rendement.1
Le risque d’une exagération spéculative existe, mais les chiffres actuels n’indiquent pas encore cette direction.1
- Bien que les valorisations dans certains sous-segments soient élevées, elles reposent sur une croissance réelle des bénéfices.
- L’émission totale d’actions, y compris les introductions en bourse et les augmentations de capital, reste inférieure à 1 % du produit intérieur brut (PIB), contre plus de 2 % au sommet de la bulle des années 1990.3
- Tant que la hausse des bénéfices compense la hausse des taux d’intérêt à long terme, les marchés d’actions peuvent poursuivre leur tendance haussière – malgré des fluctuations inévitables.
Allocation à revenu fixe dans un monde à taux plus élevés.
Des niveaux élevés de dette publique, la hausse de l’endettement des entreprises et des chiffres d’inflation supérieurs à ceux de la période 2000-2020 maintiennent les taux d’intérêt structurellement plus élevés. Le taux américain à 10 ans a franchi la barre des 5 %. Avec une dette supérieure à 124 % du PIB4 et un gouvernement qui laisse filer les déficits, la pression sur le taux d'intérêt à long terme ne disparaîtra pas de sitôt.
Belfius privilégie les obligations européennes. Le taux allemand à 10 ans oscille autour de 3,5 %. Un repli reste toutefois possible car l’économie européenne est structurellement plus faible, plus exposée à la fragmentation du commerce mondial et moins soutenue par la demande intérieure. Si les prix du pétrole reculent, la Banque centrale européenne pourrait même abaisser le taux directeur en 2027.
Par ailleurs, les obligations des pays émergents méritent également une place dans les portefeuilles. Les économies riches en matières premières profitent directement de la rareté de ces ressources. Les changements géopolitiques dans les chaînes d’approvisionnement orientent les flux d’investissement vers des pôles de production à travers toute l’Asie, l’Amérique latine et certaines régions d’Afrique, ce qui améliore les soldes budgétaires et réduit la vulnérabilité extérieure des pays émergents.
Construction de portefeuille dans un monde complexe
Les gestionnaires de fonds avec une répartition classique 50/50 entre actions et obligations doivent s’adapter à un environnement plus complexe. En période de discipline budgétaire plus faible et d’attentes d’inflation moins stables, actions et obligations évoluent plus souvent dans la même direction. Cela est devenu douloureusement évident en 2022.
Le défi consiste à ajouter des sources supplémentaires de diversification. Il s’agit d’actifs dont les facteurs de rendement diffèrent structurellement du complexe actions-obligations. Quelques exemples1:
- Les matières premières physiques, y compris les métaux industriels et les métaux précieux, offrent une exposition directe à la « thèse de la rareté ». Après deux décennies de sous-investissement, les conditions d’une revalorisation structurelle sont réunies. Dans un contexte d’inflation due à des pénuries d’offre, les obligations rencontrent des difficultés et les matières premières offrent une diversification supplémentaire.
- Une part importante des investissements dans l’infrastructure de l’IA, les réseaux électriques, les minéraux critiques et la production de défense n’est pas encore accessible via les marchés cotés. Les fonds de private equity et d’infrastructure permettent d’accéder à ces entreprises.
Quelques définitions
Un fonds d’investissement (également appelé «organisme de placement collectif» ou «OPC») est un produit financier qui vous permet d’investir selon une stratégie déterminée dans un portefeuille de titres (actions, obligations…). Les fonds comportent des risques et des frais. Le capital et/ou le rendement n’est/ne sont pas garanti(s) ou protégé(s).
En investissant dans des obligations, vous prêtez de l'argent à une entreprise ou à un gouvernement. Une obligation donne droit à un taux d'intérêt (généralement) fixe et à un remboursement du capital investi à l'échéance. Cependant, votre capital n'est pas garanti. Par exemple, si l'émetteur n'est pas en mesure de rembourser ses dettes à l'échéance, vous risquez de perdre tout ou partie du montant investi. D'autres risques sont également associés aux obligations, tels que le risque de change et le risque d'inflation.
Une action représente une partie du capital d'une entreprise. Si vous achetez des actions en bourse, vous devenez copropriétaire de l'entreprise à hauteur du pourcentage d'actions que vous possédez. En tant qu'actionnaire, vous avez droit à des informations, notamment sur les comptes de l'entreprise, sa stratégie, etc. Vous disposez aussi généralement d'un droit de vote à l'assemblée générale des actionnaires. Vous partagez les bénéfices, ainsi que les pertes, dans la limite de votre investissement. Les actions comportent des risques et des frais. Le capital et/ou le rendement n’est/ne sont pas garanti(s) ou protégé(s).
Private Equity : En investissant dans des entreprises non cotées en bourse, en fournissant du capital pour financer la croissance, la restructuration ou les acquisitions. Bien que cette forme d'investissement (généralement illiquide) puisse offrir des rendements potentiellement élevés, les risques sont considérables, car les entreprises sont souvent dans une phase précoce ou de transformation et le succès n'est pas garanti. Investir dans le capital privé comporte donc des risques et des frais. Le capital et/ou le rendement n’est/ne sont pas garanti(s) ou protégé(s).
(1) Source: “Scarcity, Rivalry and the New Logic of Asset Allocation” - Nadège Dufossé, Global Head of Multi-Asset at Candriam, Member of the Executive Committee
(2) Source: Refinitiv
(3) Source: SIFMA, St. Louis Fed
(4) Source: Fed de St. Louis
Ce document, rédigé et publié par Belfius Banque, donne la vision de Belfius Banque sur les marchés financiers. Il ne contient pas de conseil en investissement personnalisé, ni de recommandation d’investissement ou de recherche indépendante en matière d’investissements. Les chiffres cités reflètent une situation à un moment donné et sont susceptibles d’évoluer.
N'hésitez pas à contacter votre conseiller financier pour un conseil en investissement personnel qui examinera avec vous les conséquences éventuelles que cette vision peut avoir pour votre portefeuille d'investissement individuel.
